Dutilleux - Tout un monde lointain (Regard)

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De l'autre côté de la vitre

De l'espoir

L'argent

La clocharde

...Et cela éclata hors de lui comme une force naturelle

L'enfermé du dehors

L'heure de personne

Vieille

L'irréparable

De l'espoir

Le lourd ballonnement
blancheur veinée de bleu
au dandinement fier
des femmes grosses d'espoir
mains à plat sur leurs ventres
comme sur un magot
et leurs ongles inconscients
qui grattent sans relâche
une peau distendue
de poisson mort.

Femmes pleines de lait
et de terre dans la bouche
bourgeonnant de regards
vers l'intime secret
elles appellent déjà
avec de longs sourires
les déjections bourbeuses
où plongeront leurs mains
comme on pétrit l'argile
de l'avenir.

Tu croules sous ton poids
d'espérance éternelle
instrument de la vie
qui veut à travers toi.
Est-ce le pressentant
que tu te cambres ainsi
rejetant en arrière
ton visage lissé
comme on tire l'eau claire
du fond du puits ?

Statuette - Grèce hellénistique

Femme enceinte (Grèce hellénistique)


La Dame à la licorne - A mon seul désir

La Dame à la licorne - A mon seul désir

L'argent

Comme un avion
filant vers de frais rires en grappes
parmi l'odeur fleurie
des longs corps dénudés
à l'ombre des baisers
au soleil des agapes
repu grandi
empli
de vastes destinées

Comme un poison
perfide et profond à la fois
forant sa termitière
en plein cœur du désir
lourd des remords passés
et regrets à venir
lorsque tout n'est encore
qu'angoisse
et triste émoi

Comme un carton
sali parmi les épluchures
tiré par des doigts gourds
qui n'auraient plus de nom
lorsque seuls sont promis l'hiver
sans rémission
les attentes
éperdues
et les besoins qui durent.

La clocharde

Es-tu ma sœur,
toi la clocharde,
par la vie rejetée dans les gares
avec les papiers gras les mégots et les poux
comme une algue vomie sur le sable
à l’heure où les trains font escale ?
Pauvre déchet couvert d'escarres,
qu'attends-tu
figée dans les tourbillons de ce quai
cernée du vide de ta puanteur
perdue
dans un espace invisible
à jamais ?

Aux côtés des pandas des girafes et des phoques
pesamment refoulés au rebours de la vie
je remonte le temps de la lente agonie.
Et le monde alentour lance sans équivoque
sa course dans l'espoir dont je devrai mourir
cassée comme un œuf sur le bord de l'avenir.

Bruegel - Parabole de l'aveugle menant l'aveugle

Bruegel - Parabole de l'aveugle menant l'aveugle

Munch - Le cri

Munch - Le cri

... Et cela éclata hors de lui

comme une force naturelle

Rilke

je n'ai pas vu je n'ai pas vu
Non.
Je n'ai pas vu ses mains
palpiter
s'agripper
convulser
en dépit du costume
et des genoux domptés
Il pleuvait seulement derrière la vitre sale

et je baillais.

L'enfermé du dehors

Et pourquoi les trottoirs se jettent-ils toujours
derrière des portes opaques où la vie se dérobe ?
Pourquoi, la femme enfuie, ne reste que sa robe
aux vitrines endeuillées comme un œil de velours ?

Où vont-ils affairés, laissant dans leur sillage
le parfum de leurs rires, de leurs gestes brouillé ?
De quel ailleurs sont-ils ? Par quels secrets happés ?

Moi je dérive seul au milieu du passage.

Pierre Doutreleau - 7ème Avenue

Pierre Doutreleau - 7ème Avenue

Edward Hooper - Night Shadows

Edward Hooper - Night Shadows (gravure)

L'heure de personne

La ville est blanche comme un dimanche.

Les secondes s'effritent
aux vitres du silence.
Des voitures s'élancent
quelque part. Leur poursuite
s'éteint sitôt venue
du vide de la rue.

Un vieil homme hésitant
s'éloigne lentement
sur le trottoir désert.
Les murs, ce banc, ces portes
perdus de mémoire morte
étaient-ils là hier ?

Un clocher sonne l'heure de personne.

Vieille

Tout penche en elle au bord de la fatigue
les deux seins affaissés au gras du ventre
dans les amers relents du non-retour
Tout chavire et se courbe sur l'eau lourde
d'une larme aveuglée d’oubli
Car les heures tremblent et fuient entre ses doigts
quand des jours bleus tanguent à la houle
et s’envasent couleur sépia
Roseaux flétris, joncs si revêches
à débiter ce maintenant

A la pointe du pas
le monde bascule
hostile et souriant de ses mâchoires d’acier
à l’affût de l’instant où il pourra broyer
le fragile pendule

Jean Rustin (2001)

Jean Rustin (2001)

Francis Bacon - Painting

Francis Bacon - Painting

L'irréparable

Il a pris un cutter. Un cutter ?!
Il avait 16 ans, l'autre 5. Cinq ans mon Dieu !
Tailladé et le sexe tranché.
Ô pauvre petit corps si jeune et psychopathe.

Le soleil de mai glorifiait
le sang sur les bosquets
le membre exsangue se mourait
dans un parterre de renoncules
et les rossignols exultaient.

Des désastres inédits coagulent
la dépêche est classée
cependant
le temps s'est enrayé
à l'instant
dans ces bosquets
parmi les renoncules.







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